Ecrivain public: médecin des âmes

Quand on tient une permanence d’écrivain public, on se sent un peu médecin des âmes… Comme ces médecins qui disent que les patients viennent les voir pour qu’on les entende plus que pour qu’on les auscultent, à la permanence de l’Accueil Laghouat, j’écrivais des courriers à la Présidence de la République ou au Ministère de l’Immigration… et je savais qu’ils n’auraient malheureusement aucun effet.

Je savais que l’homme ou la femme que j’avais en face de moi, qui tentait de faire entendre sa détresse ne serait pas entendu en haut lieu… Et pourtant, je le faisais car l’avoir écouté avait déjà un effet bénéfique. Ca participe au sentiment d’avoir essayé quelque chose, d’avoir pris son destin en main, de ne pas s’être laissé abattre…Heureusement, il y avait des démarches bien plus utiles comme aider à remplir un dossier de Prudhommes ou faire une réclamation à un organisme de crédit malhonnête…

J’ai passé une année à aller aux permanences de l’Accueil Laghouat à la Goutte d’Or, rencontrer des hommes et des femmes que je ne fais que croiser dans le métro et à qui je ne parle jamais. Là-bas, j’ai compris que ces personnes venaient pour se sacrifier, afin de faire subsister leur famille restée au pays et ce sûrement au prix d’un très long périple si bien décrit dans Eldorado dans les mots d’un de mes auteurs favoris, Laurent Gaudé.

Quand on a suivi une scolarité façon cage dorée dans un établissement privé du XVème arrondissement, catholique de surcroit, dans lequel la diversité était loin d’être le maître mot, on découvre un peu la vie en faisant ce bénévolat-là.

Je me suis sentie utile à ces personnes, c’est si agréable d’aider en général, mais avoir la personne à qui on apporte de l’aide en face de soi, c’est très valorisant. Ca fait grandir.

Aujourd’hui, l’Accueil Laghouat a besoin de bénévoles pour assurer une permanence de deux heures ne serait-ce qu’une semaine sur deux, les mardi soir (19h), mercredi soir (18h30) ou samedi matin (9h30). J’aimerais reprendre cette activité mais pour l’instant mes journées sont assez chargées et ne permettent pas forcément de pouvoir assurer la permanence du mercredi mais c’est présent dans un coin de ma tête.

Je souhaite revivre cette situation où l’on raccompagne la personne qu’on vient d’aider et ou l’on ouvre la porte sur une salle d’attente en disant: « personne suivante s’il vous plaît ». On a l’impression de pouvoir donner ce qu’on a eu la chance de recevoir car on est né ici et que les démarches sur les impôts, les traitements de texte et la façon de rédiger un CV, tout ça, on a eu la chance de connaître.

Alors pourquoi ne pas en donner un petit bout à quelqu’un…? C’est tellement peu… Nous, quidam, qui n’avons pas de problème d’alphabétisation, qui connaissons les rouages de l’administration française sur le bout des doigts, cela nous apporte beaucoup; on se sent utile au moins à UNE personne….

Ce serait une bonne manière d’accompagner les personnes au chômage. Les faire entrer dans une dynamique où il donne une demi-journée de leur temps par semaine, pourrait leur faire lever la tête. Ce n’est rien pour une personne inactive et c’est tellement plus valorisant que de ne rien entreprendre… Toute personne qui se retrouve sans travail souffre du sentiment d’être inutile à la société (c’est l’expérience qui parle). Quel meilleur remède que de la remettre sur des rails? C’est quasi une pierre, deux coups… Deux personnes avec des problèmes différents qui par la voie des vases communicants s’entraident.

Main d'oeuvre au chômage
Crédit illustration: Pierre Reymond

Un jour, l’Abbé Pierre a dit à une personne qui lui confiait vouloir se donner la mort, de venir l’aider avant. Donner une raison de vivre à un suicidaire, voilà une idée…

Tout ça est un peu moralisateur, vous me pardonnerez, mais je crois qu’on a trop de temps pour nous et qu’on n’en donne pas assez aux autres…

Pour ceux qui auraient envie de donner un peu d’eux-même, sur le site Espace Bénévolat,, vous trouverez différentes actions à faire pour aider ceux qui ont besoin de personnes aux épaules plus solides pour aider comme l’association Solidarité Roquette, située dans le 11ème qui recrute des bénévoles pour les permanences d’écrivain public ou l’association Accueil Laghouat, dont je faisais partie, que vous pouvez contacter via cette adresse: laghouat.ecrivain@gmail.com

« Quand tu donnes tu perçois plus que tu ne donnes, car tu n’étais rien et tu deviens. »
Antoine de Saint-Exupéry

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3 réflexions sur “Ecrivain public: médecin des âmes

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