« Isoler le droit de mourir dans la dignité, du droit, plus essentiel, celui de vivre dans la dignité »

Un mail attendait d’être ouvert depuis le 31 janvier 2014. J’aurais

pu l’effacer sans l’avoir lu. Mais il avait son intérêt, une newsletter de l’Association Bien-Être & Société dont la mission est de

promouvoir une meilleure prévention par l’observation et la connaissance des phénomènes suicidaires dans leur dimension individuelle et collective et la conduite d’investigations et d’actions ciblées permettant de sauver des vies.

La newsletter exprime les positions de l’association sur la proposition de loi visant à assurer aux patients en fin de vie
le droit de mourir dans la dignité.

Ci-dessous l’intégralité de la lettre signée de Professeur Michel Debout et Professeur Jacques Vedrinne. Cette question de société ne mériterait-elle pas une concertation avec des instances non-gouvernementales ?

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18ème journée Nationale de prévention du suicide (5 février 2014)

VIVRE DANS LA DIGNITÉ

Dans sa conférence de presse du mardi 14 janvier 2014 le Président de la Répubique, conformément aux engagements de sa campagne électorale a annoncé qu’il saisirait le parlement, afin de voter une nouvelle Loi concernant le droit de mourir dans la dignité.

A l’occasion de la Journée Nationale de Prévention du Suicide, nous souhaitons prendre position sur ce grand sujet de société, au nom de nos pratiques communes et des valeurs que nous défendons ensemble.

Le sujet est trop grave pour alimenter une quelconque polémique, mais il l’est assez pour que chaque position puisse être librement exprimée, afin d’éclairer au mieux le législateur.

Le principe du « droit de mourir dans la dignité » peut faire consensus, dès lors qu’en seront précisées la portée réelle et les conditions dans lesquelles ce nouveau droit pourra être appliqué.

Si, selon les termes mêmes du Président de la République, il s’agit « pour chaque personne majeure atteinte d’une maladie incurable provoquant une souffrance morale ou physique insupportable de pouvoir demander dans des conditions strictes une assistance médicalisée pour terminer sa vie dans la dignité », aucun argument partant de nos pratiques préventives ne permet d’exprimer un quelconque jugement.

S’il s’agit d’instaurer comme le proposent certains le droit de recourir au « suicide médicalement assisté », nous exprimerions par contre de sérieuses réserves, liées à notre connaissance clinique et aux pratiques et enseignements de certains pays voisins.

Chaque Loi s’adresse à tous et à chaque citoyen, c’est-à-dire qu’elle n’a pas d’effets sur les seuls individus, mais aussi sur la collectivité nationale tout entière. Une loi représente toujours un message adressé à la société, et elle exprime toujours une valeur collective. Le risque est selon nous d’isoler le droit de mourir dans la dignité, du droit, plus essentiel, celui de vivre dans la dignité.

Nous voulons rappeler que toute vie humaine et donc toute mort, est digne, c’est ce qui fonde le principe universel de protection de la dignité humaine.

Par contre ce sont les conditions de vie elles-mêmes et surtout la façon dont elles peuvent être vécues, qui sont parfois empreintes d’indignité.

Ces conditions peuvent enfermer la personne dans la détresse et le désespoir, et l’amener à la mort comme seule échappatoire.

L’aggravation depuis cinq ans de la crise économique et sociale (marquée par la violence de certains licenciements, de chômage qui dure, de dettes qui taraudent l’esprit…) doit nous rendre particulièrement attentifs.

C’est pourquoi nous militons pour que dans l’exposé des motifs de la loi à venir sur le « droit de mourir dans la dignité » il soit fortement rappelé que la vie humaine constitue une richesse indépassable ; que la mort ne peut être totalement séparée de la vie qui la précède, que la prévention du suicide reste une priorité de santé publique, qu’elle est l’une des expressions nécessaires de la solidarité humaine et sociale.

Nous solliciterons un entretien avec le Cabinet du Président de la République ainsi qu’avec les Présidents des différents groupes parlementaires, pour exposer ces préoccupations.

Parler aujourd’hui de la réalité de certaines maladies, des effets humains de la crise, et de prévention du suicide, ce n’est pas accentuer le pessimisme ambiant qui serait caractéristique de l’état des français, c’est au contraire une marque d’espoir en l’avenir qui nécessite la mobilisation de tous.

Professeur Michel DEBOUT
Professeur Jacques VEDRINNE
BIEN-ÊTRE ET SOCIETÉ

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